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IntroductionÂ
Magaly Siméon : Bonjour SolÚne.
Solenne Bocquillon-Le Goaziou :Â Bonjour Magaly.
Magaly Siméon : SolÚne, est-ce que tu veux bien te présenter pour nos auditrices et nos auditeurs ?
Solenne Bocquillon-Le Goaziou : Oui, bien sĂ»r. Je suis Solenne Bocquillon-Le Goaziou, CEO et fondatrice de Soft Kids. J’ai d’abord entamĂ© ma carriĂšre chez Shell Ă l’international en tant que DRH. Il y a un peu plus de 4 ans, j’ai dĂ©cidĂ© de lancer Soft Kids, une start-up qui permet de dĂ©velopper les soft skills ou les compĂ©tences socio-comportementales dĂšs le plus jeune Ăąge, et qui accompagne aussi bien les parents, les enseignants que les entreprises dans la parentalitĂ© grĂące aux soft skills.
Qu’est-ce que les soft skills ?Â
Magaly SimĂ©on : Alors, les soft skills, on entend beaucoup ce mot. Moi, je ne suis pas bien sĂ»re d’avoir toujours trĂšs bien compris ce que c’est. Je pense que je ne suis pas la seule. Est-ce que tu peux nous Ă©clairer ? Ăa vient d’oĂč ? Pourquoi est-ce que c’est devenu aussi important ? C’est quoi concrĂštement et Ă quoi ça sert ?
Solenne Bocquillon-Le Goaziou : Les soft skills ont Ă©tĂ© inventĂ©es par l’armĂ©e amĂ©ricaine.
Magaly SimĂ©on : D’accord, c’est sĂ©rieux donc.
Solenne Bocquillon-Le Goaziou : C’est sĂ©rieux, oui. Je pense que c’Ă©tait dans les annĂ©es 60. En fait, ils ont rapidement rĂ©alisĂ© que les compĂ©tences techniques ne suffisaient pas pour mener des guerres, en particulier. Ils ont alors commencĂ© Ă collaborer notamment avec l’universitĂ© de Stanford ainsi que de nombreux sociologues et psychologues pour dĂ©terminer quelles compĂ©tences Ă©taient nĂ©cessaires en plus des compĂ©tences techniques, telles que savoir rĂ©soudre des problĂšmes, savoir collaborer, etc. C’est ainsi que les soft skills ont Ă©tĂ© thĂ©orisĂ©es et dĂ©veloppĂ©es par les psychologues et sociologues de Stanford. Depuis une trentaine d’annĂ©es, l’OMS, l’Organisation Mondiale de la SantĂ©, considĂšre les soft skills comme les compĂ©tences permettant de naviguer dans la vie quotidienne. Elles sont classifiĂ©es en trois grands domaines de compĂ©tences. Le premier, ce sont les compĂ©tences cognitives, telles que la confiance en soi, l’esprit critique, et l’apprentissage continu. Le deuxiĂšme, ce sont les compĂ©tences Ă©motionnelles, comme la gestion des Ă©motions et la rĂ©silience. Enfin, les compĂ©tences relationnelles, comme le travail d’Ă©quipe, la coopĂ©ration, mais aussi la rĂ©solution de conflits avec autrui.
L’importance des soft skills
Magaly SimĂ©on : Si je rĂ©sume ce que j’ai compris, l’armĂ©e amĂ©ricaine a rĂ©alisĂ© que pour ĂȘtre un bon soldat ou un bon dirigeant de soldats, savoir manier une arme ne suffisait pas â si je peux simplifier un peu â il fallait aussi possĂ©der des compĂ©tences humaines et relationnelles. Mais tu parles aussi de la rĂ©solution de problĂšmes, ce qui signifie qu’on ne peut pas se contenter de la technique pure dans ce mĂ©tier.
Solenne Bocquillon-Le Goaziou : Exactement. Aujourd’hui, nous sommes au XXIe siĂšcle et je pense que nous avons quelque peu perdu de vue l’importance de ces compĂ©tences essentielles. Nous vivons dans une sociĂ©tĂ© qui valorise principalement les diplĂŽmes et les compĂ©tences acadĂ©miques, ce qui contribue Ă une perte de confiance en soi. En France, par exemple, nous nous prĂ©sentons en disant « je suis Monsieur/Madame X, j’ai fait telle Ă©cole », alors qu’en parlant de nos enfants, nous disons « il est bon en maths, mais moins en français », etc. Ainsi, ce qui nous dĂ©finit et nous reprĂ©sente sont souvent nos rĂ©alisations acadĂ©miques â nos notes et nos diplĂŽmes. Pourtant, les compĂ©tences humaines ont toujours Ă©tĂ© prĂ©sentes. C’est grĂące Ă ces compĂ©tences que Homo sapiens a pu se dĂ©velopper, en Ă©tant capable de rĂ©soudre des problĂšmes et de faire preuve de crĂ©ativitĂ©. Aujourd’hui, avec l’avĂšnement de l’intelligence artificielle, ces compĂ©tences deviennent encore plus cruciales, car elles sont les seules Ă ne jamais devenir obsolĂštes.
Soft Kids : la mĂ©thode pour dĂ©velopper les soft skillsÂ
Magaly SimĂ©on : Nous reviendrons sur l’intelligence artificielle plus tard, mais j’ai entendu dire que si on ne possĂšde pas ces compĂ©tences-lĂ , on ne peut pas les dĂ©velopper. On dit souvent, par exemple, que savoir manager est innĂ© et qu’on ne peut pas l’apprendre. Cependant, tu as créé SoftKids pour renforcer et dĂ©velopper ces compĂ©tences. Comment as-tu fait ? Comment as-tu procĂ©dĂ© ?
Solenne Bocquillon-Le Goaziou : En rĂ©alitĂ©, ce sont des compĂ©tences qui se cultivent tout au long de la vie, au quotidien. La premiĂšre Ă©tape est de dĂ©terminer oĂč se situent nos compĂ©tences et ce qui est important pour notre travail quotidien. Ensuite, il s’agit de mettre en place des plans d’action pour les dĂ©velopper. Je donne souvent cet exemple : un jour, j’ai dĂ©cidĂ© de dĂ©velopper ma curiositĂ© et mon esprit critique, car je pensais que cela m’aiderait Ă amĂ©liorer mon expertise dans mon travail. Comment ai-je procĂ©dĂ© ? J’ai commencĂ© par m’inscrire Ă plusieurs newsletters chaque matin pour lire les opinions et analyses des experts sur mon domaine. Ensuite, j’ai partagĂ© ces informations avec mes collĂšgues et j’ai assistĂ© Ă des confĂ©rences pour Ă©changer avec d’autres professionnels. Enfin, j’ai Ă©largi mon rĂ©seau en rencontrant des collĂšgues lors de voyages Ă l’Ă©tranger, ce qui m’a permis de discuter des problĂ©matiques spĂ©cifiques Ă notre domaine. En mettant en place ces routines, j’ai dĂ©veloppĂ© une mĂ©thodologie pour acquĂ©rir de nouvelles informations et effectuer une veille stratĂ©gique.
Magaly SimĂ©on : Comment transformes-tu cette mĂ©thode pour qu’elle puisse s’appliquer Ă tout le monde ? Par exemple, lorsque tu as dĂ©cidĂ© de dĂ©velopper ta curiositĂ©, tu avais dĂ©jĂ un intĂ©rĂȘt naturel pour ce sujet. Comment utilises-tu ton outil aujourd’hui pour obtenir ce rĂ©sultat avec des cadres d’entreprise ou des managers ?
Solenne Bocquillon-Le Goaziou : Lorsque je travaille avec des entreprises, je commence par encourager les collaborateurs Ă rĂ©flĂ©chir Ă leurs propres soft skills et compĂ©tences. Par exemple, l’une de mes confĂ©rences les plus populaires s’intitule « Transformez vos compĂ©tences parentales en atout pour l’entreprise ». En aidant les collaborateurs Ă dĂ©composer leurs actions quotidiennes en tant que parents â organisation, nĂ©gociation, etc. â ils prennent conscience de leurs compĂ©tences et de leurs comportements souvent inconscients. Ce processus commence souvent par une prise de conscience de leurs actions et comportements quotidiens qui contribuent Ă leur efficacitĂ©. Par exemple, rĂ©cemment lors d’une confĂ©rence chez AXA, j’ai commencĂ© Ă discuter de l’importance de l’Ă©coute. Certains employĂ©s ne se rendent pas compte de l’impact positif de leur Ă©coute attentive sur leurs collĂšgues et la dynamique d’Ă©quipe. Lors de cette confĂ©rence, un participant a rĂ©alisĂ© qu’il possĂ©dait cette compĂ©tence et a pris conscience de sa valeur pour l’Ă©quipe. Ces compĂ©tences sont essentielles.
Le rĂŽle du managerÂ
Magaly SimĂ©on : Ă ce propos, tu as mentionnĂ© tout Ă l’heure que nous vivons dans une entreprise oĂč les gens sont souvent Ă©valuĂ©s selon leur diplĂŽme. Je suis d’accord avec ton point de vue. De ton point de vue, comment vois-tu le rĂŽle du manager dans l’entreprise ? Quelles sont, selon toi, les faiblesses en France ?
Solenne Bocquillon-Le Goaziou : Pour moi, le problĂšme du management en France rĂ©side dans l’idĂ©e que pour gravir les Ă©chelons et obtenir un bon salaire, il faut ĂȘtre manager. Or, tout le monde n’est pas fait pour ce rĂŽle. Ce que j’apprĂ©ciais chez Shell, c’est que nous avions beaucoup de contributeurs individuels qui, malgrĂ© l’absence d’Ă©quipe, Ă©taient valorisĂ©s pour leur expertise unique. En France, en revanche, il est courant de penser qu’un bon salaire passe par le management et la gestion d’Ă©quipe, ce qui, selon moi, est un contre-sens. Un manager doit se concentrer sur la gestion d’Ă©quipe plutĂŽt que de s’immiscer dans le travail quotidien des collaborateurs. C’est pourquoi, Ă mon avis, il est crucial qu’un manager agisse comme un chef d’orchestre qui guide son Ă©quipe vers la rĂ©ussite plutĂŽt que comme un leader directif qui dicte les rĂšgles du jeu.
Magaly SimĂ©on : Je suis tout Ă fait d’accord avec toi. Je suis d’accord avec ton point de vue. D’accord, un grand merci, SolĂšne, pour tes lumiĂšres. C’Ă©tait trĂšs intĂ©ressant de discuter avec toi. Nous allons approfondir le sujet de l’intelligence artificielle dans le prochain Ă©pisode. Merci beaucoup.